La rivière Richelieu a joué un rôle de premier plan dans le développement de l’Amérique. Depuis que Samuel de Champlain y a navigué et qu’il a cartographié la région en 1609, la rivière Richelieu se retrouve au coeur de l’histoire. Route névralgique, elle est au centre des guerres impliquant Amérindiens, Français, Britanniques et Américains. Second foyer de peuplement du Québec sous le Régime français, la rivière du Richelieu est devenue la principale voie de transport entre Montréal, Québec et New York.

L’histoire avant l’histoire

Bien avant les explorations de Champlain, certains peuples amérindiens connaissaient déjà la rivière Richelieu et le lac Champlain qu’ils nommaient « Petawaboque ». Les écrits de Jacques Cartier notent l’existence de provinces amérindiennes dans la région dont une, appelée « Maisouna », correspond aujourd’hui au site Mandeville à Sorel‑Tracy. Les Amérindiens remontaient le courant jusqu’au lac où vivaient d’autres peuples. La pêche y était abondante et diversifiée.

À son premier voyage, Champlain remonte le courant jusqu’aux rapides de Saint‑Ours. Son bateau étant trop gros, il ne réussit pas à aller plus loin. À son second voyage, guidé par des alliés amérindiens, il découvre les avantages du canot et du rabaska pour explorer la rivière qui portait alors le nom de « rivière des Iroquois ».

Baptisée ainsi à cause du peuple qui y pêche, y chasse et y fait la cueillette de petits fruits, la rivière faisait partie du territoire iroquois qui s’étendait jusqu’en Nouvelle‑Angleterre.

Ce peuple amérindien a laissé des traces de son passage au site Mandeville à Sorel‑Tracy. Aujourd’hui situé sur des propriétés privées, ce site, bien que classé, est inaccessible et non aménagé. Heureusement, cependant, bon nombre des artefacts qui y ont été découverts sont réunis au Centre d’interprétation du patrimoine de Sorel‑Tracy.

Le Richelieu et l’activité militaire

En raison de sa localisation stratégique, le territoire a incontestablement été marqué par l’activité militaire.

Depuis le début de la colonie, la rivière Richelieu et le lac Champlain ont été au centre de toutes les guerres et de tous les conflits jusqu’à la Conquête.

En effet, le Richelieu aura été le lieu de plusieurs batailles opposant les Français, les Iroquois, les Britanniques et les Américains. Son histoire a été marquée par les conflits suivants :

  • Les guerres franco‑iroquoises (1609‑1701)
  • Les guerres intercoloniales (1689‑1760)
  • La Révolution américaine (1775‑1776)
  • La guerre de l’Indépendance américaine (1776‑1783)
  • La guerre de 1812‑1814 (www.rivierelacolle1812.com)

Pour commémorer ces guerres, des plaques et obélisques honorant les officiers américains morts pendant ces affrontements ont été installés à Noyan par les États du Vermont et de New York entre autres (Remember Point). L’année 2012 marque le 200e anniversaire de la guerre de 1812.

Le territoire montérégien : berceau du mouvement des Patriotes

Le début du 19e siècle a été la période névralgique des assemblées secrètes menant à la Rébellion de 1837‑1838. Les Patriotes, combattant pour la démocratie et les droits des francophones, ont affronté l’armée britannique en maints endroits le long de la rivière. À l’issue de ces soulèvements, plusieurs chefs, dont Papineau et Nelson, s’exileront aux États‑Unis. Certains ont été pendus, dont de Lorimier, d’autres déportés en Australie. Les paysages de la région conservent d’ailleurs plusieurs témoignages éloquents de ces événements.

À partir du milieu du 19e siècle, la rivière Richelieu joue un rôle important et contribue à la prospérité de la région. Voie naturelle reliant le lac Champlain au fleuve Saint‑Laurent, la rivière Richelieu est devenue une route transfrontalière où transitaient tous les commerçants.

La construction du canal de Saint‑Ours, en 1843, et du canal de Chambly, en 1849, a permis de faciliter le transport entre le Québec et les États‑Unis et s’est avérée indispensable au commerce international pendant plus d’un siècle.

De 1843 à 1960, outre des radeaux de bois, le Richelieu voit passer des voiliers, des barges à voile ou dites « de remorque », puis des bateaux à vapeurs. Avec l’avènement des chemins de fer, l’aménagement du réseau routier et la canalisation du fleuve Saint‑Laurent, l’achalandage de la rivière diminue considérablement. La vocation récréotouristique de ces canaux a maintenant remplacé la vocation commerciale.

Ainsi au fil du temps, la rivière a été :

  • Un lieu d’échanges entre les Amérindiens;
  • Une voie d’exploration et de découvertes;
  • Le théâtre de luttes et de guerres opposant les Français, les Amérindiens, les Britanniques et les Américains;
  • Une voie privilégiée pour l’installation des premiers colons et le second foyer de peuplement du Québec;
  • Une voie de transport majeure entre Montréal et les États‑Unis et un important moteur de développement économique.